Voici le discours de rentrée que les représentants des personnels de direction de la CFDT Éducation Paris ont prononcé lors de l'accueil de la Rectrice en Sorbonne le 27 août dernier.
Madame la Rectrice,
Monsieur le Directeur de l’Académie,
Madame la Secrétaire Générale,
Madame et Messieurs les Directeurs académiques,
Mesdames et Messieurs, chères et chers collègues inspectrices et inspecteurs, secrétaires générales et généraux, personnels de direction,
Nous vous souhaitons, ainsi qu’à l’ensemble des personnels de l’académie, une excellente rentrée, avec un mot particulier de bienvenue à nos nouveaux collègues et personnels stagiaires. Vous rejoignez une communauté engagée, parfois soumise à rude épreuve, mais toujours solidaire. Nous savons que vos premiers pas dans le métier, dans l’académie peuvent être source de questions, voire d’appréhension. Sachez que vous pouvez compter sur l’expérience et le soutien de vos collègues, ainsi que sur l’accompagnement de la CFDT Education.
Si nous nous réjouissons bien sûr de toutes et tous vous revoir, le ton ne peut être que grave, et même amer, face à l’état du monde qui nous entoure, et l’impréparation de l’Etat que nous servons, à faire face aux crises. En ces derniers jours avant la pré-rentrée, il faut bien l’admettre, nous trouvons de plus en plus difficile de puiser l’énergie nécessaire pour feindre l’enthousiasme.
Nous nous sommes quittés en juillet après avoir traversé deux épisodes caniculaires qui, hélas, n’étaient que les prémices d’une catastrophe annoncée depuis longtemps, mais qui a pourtant été traitée comme une situation exceptionnelle et imprévisible.
Dans ce contexte de crise, nous avons particulièrement apprécié le soutien de la direction académique, votre vigilance et votre préoccupation très concrète face aux difficultés rencontrées. Nous avons surtout été sensibles à la confiance que vous nous avez témoignée, qui nous a permis d’agir avec responsabilité et réactivité.
Pour autant, les personnels de direction ont une nouvelle fois été appelés à agir « du jour pour le lendemain », parfois avec des consignes contradictoires et des moyens limités. Et pourtant, le ministre n’a pas hésité à affirmer : « Les personnels de direction savent faire.»
Oui, nous savons faire. Oui, nous savons nous adapter, décider dans l’urgence, trouver des solutions et assurer la continuité du service public. Oui, nous savons garder le cap dans l’intérêt de nos élèves et de nos personnels.
Mais Madame la Rectrice, Monsieur le Directeur, il convient aussi de se demander à quel prix.
Car cette culture de l’urgence permanente, de l’improvisation et du « débrouillez-vous » finit par épuiser les personnels, à commencer par les personnels de direction, fragiliser les équipes et peser directement sur les élèves. Savoir faire face à l’imprévu ne devrait pas signifier devoir constamment le faire seuls.
Nous ne pouvons plus accepter que notre professionnalisme serve d’alibi à un manque d’anticipation et de moyens de notre ministère. Nous demandons des ressources adaptées et un temps de préparation réaliste pour faire face aux situations exceptionnelles, quelles qu’elles soient.
La CFDT Éducation a demandé au ministre et obtenu un retour d’expérience sur les conditions de passation des examens. Le calendrier de l’an prochain a été modifié dans ce sens : il n’y aura plus d’épreuves l’après-midi. Mais il faut aller plus loin sur les modifications horaires dès lors que nous sommes placés en alerte canicule. Et surtout, il est grand temps de repenser les modalités d’évaluation et d’examen pour véritablement reconquérir le mois de juin, tout en prenant en compte les effets désormais prévisibles du changement climatique.
Mais, adapter nos organisations ne suffira pas si nous continuons à travailler dans des bâtiments qui, eux, ne sont pas adaptés à ces nouvelles réalités climatiques. La réponse ne peut pas reposer uniquement sur notre capacité à déplacer les élèves, modifier les horaires ou trouver, dans l’urgence, des solutions de fortune. Il faut désormais s’attaquer à la question du bâti.
Car lorsque le SIEC nous a suggéré de trouver des salles fraîches pour faire passer les examens, nous avons bien constaté que, de salles fraîches, il n’y en avait pas. Combien d’établissements ont de grandes baies vitrées, orientées plein sud, sans store, sans rideau ? Nous avons répondu à des questionnaires sur ce sujet, quel bilan en est tiré ? Où sont les collectivités, propriétaires des bâtiments, quelles sont les perspectives, quels travaux vont être amorcés ? Madame la Rectrice, Monsieur le Directeur, nous vous appelons à l’aide, il faut que ces chantiers démarrent, et vous pouvez contribuer à faire en sorte que les collectivités réagissent enfin.
Par ailleurs, nous abordons cette rentrée en déplorant qu’à nouveau, nos outils informatiques fassent défaut. Sur ce sujet aussi, nous alertons depuis des années sur la vétusté et la fragilité de la grande majorité de nos applications numériques, sans être entendus.
Sur la question des moyens nous sommes également inquiets, car depuis plusieurs années nous ne disposons pas de dotations complètes, claires, pérennes pour organiser l’intégralité d’une année scolaire.
Ces moyens, financiers comme humains, sont annoncés de plus en plus tardivement, c’est le cas par exemple des dotations Pacte, arrivées il y a deux jours. Constatant qu’elles ont été divisées par trois – et si l’on compare aux débuts du dispositif, par dix – nous en sommes réduits à reconsidérer tout le travail de préparation de la rentrée, effectué en concertation avec les équipes, et à essayer d’identifier les ultimes priorités qui survivront à cette énième coupe sombre.
Car si vous évoquez un complément de dotation en 2027, l’expérience des années antérieures, et le climat politique dans lequel le budget sera discuté, nous enseignent qu’il ne faudra rien attendre, ou si peu, et à une date très hypothétique. Combien de semaines s’écouleront entre la répartition de ce complément, et le moment où il sera repris, ou gelé ? Et où en sont les moyens attendus pour les dispositifs devenus indispensables au quotidien des établissements, comme devoirs faits ou le pass culture, nécessaires pour favoriser la réussite et l’épanouissement des élèves ?
Dans un tel contexte, les priorités énoncées pour l’année qui démarre deviennent des abstractions, car notre travail est manifestement rendu impossible. Ainsi, la reconnaissance verbale de notre engagement quotidien est certes toujours bienvenue, mais elle ne tempère pas la morosité, et nous réitérons notre demande d’une véritable politique de prévention des risques pour nos métiers, à l’échelle nationale comme académique, qui se préoccupe notamment du temps de travail des adjoints et de leurs perspectives d’évolution professionnelle : car comment pourraient-ils exercer sereinement les missions qui leur sont confiées, notamment la confection des emplois du temps lorsque, le 26 août, des enseignants stagiaires sont encore affectés ? Et pour nous toutes et tous, il est temps d’interroger ce fonctionnement de l’urgence permanente.
Ce défaut d’anticipation et de dialogue nous semble également à craindre concernant le suivi des effets de la chute de la population scolaire dans notre académie. En effet, nous observons déjà depuis plusieurs années les fermetures de classes dans le premier degré et en collège, les places en nombre insuffisant dans la voie professionnelle, et s’il semble à l’ordre du jour d’envisager la fermeture de plusieurs collèges, quand pourrons-nous en parler effectivement ?
Vous le savez, la CFDT Education a toujours été dans une démarche de dialogue constructif. A ce titre, nous sommes convaincus que les défis que doit relever l’Académie appellent à des démarches collaboratives et un esprit collectif.
Ce collectif est bien vivant au sein de notre organisation syndicale et interprofessionnelle. Il permet à chacune et chacun de ses membres de rompre l’isolement professionnel, de partager les expériences et de défendre les intérêts matériels et moraux de la profession. C’est dans cet esprit que nous vous invitons, chères et chers collègues, à nous rejoindre. En cette année d’élections professionnelles, vous aurez la possibilité de renforcer la voix de la CFDT Éducation, qui porte une vision ambitieuse de la modernisation du système éducatif, de l’amélioration des conditions de travail de tous les acteurs et d’un vrai projet émancipateur pour la jeunesse.
Nous voulons une École qui anticipe plutôt qu’une École qui subit, qui dialogue plutôt qu’une École qui impose, qui accompagne plutôt qu’une École qui somme.
Et surtout, nous voulons une École qui fasse confiance à ses personnels.
Parce que nous savons faire.
Et pour continuer à bien faire, nous avons besoin d’être entendus, soutenus et reconnus.
C’est dans cet esprit que la CFDT Éducation vous souhaite à toutes et à tous une rentrée aussi sereine que possible, et surtout une année placée sous le signe du collectif, du dialogue et de la confiance.
Très bonne rentrée à toutes et à tous.